Proposition de drones biologiques incendiaires in Buch von den probierten Künsten, Franz Helm, Allemagne, 1535.

█      La célérité apparente de certains développements technologiques masque le long chemin qui mène de l’idée à la réalisation. En 1535, l’idée de l’artificier Franz Helm de doter des chats et des pigeons d'engins incendiaires pour attaquer des forteresses assiégées trouve son corollaire, cinq siècles plus tard, dans les drones d’attaque contemporains, aériens et terrestres.

Un regard attentif permet de constater que dans l’histoire des technologies sommeillent patiemment idées et concepts inaboutis, mais pas pour autant erronés.
Du concept théorique à la production, puis à l’acceptation et à la popularisation, l’impératif du « time to market » laisse en chemin les technologies immatures pour le marché, mais qui sont potentiellement intéressantes, notamment dans leur recombinaison avec d’autres.

Ainsi, l’étude et la réinterprétation de l’héritage technologique constituent pour campus.aero un vaste terrain d’exploration et un facteur accélérateur d’innovation.
Mais l’innovation est une denrée rare, exotique, subversif. Le marketing trouve son fond de commerce dans la survalorisation de la différence en la nommant innovation technologique. Bon pour le marketing, mais pas du tout bon pour l’innovation.

L’innovation technologique née spontanément, d’un coup de génie d’un homme solitaire et brillant, n’est que marketing, légende urbaine, mythologie.
L’histoire technologique est remplie d’exemples de longs processus qui aboutissent à des solutions innovantes.

Gertrude et Francis Rogallo ont inventé en 1948 un type d’aile, désormais légendaire, légère, flexible, pliable et bon marché. Elle est, en outre, efficace dans une fourchette de vitesses inédites : de 5 à 30'000 km/h ! Nées comme cerf volant, les « ailes rogallo » intéressent la NASA dès 1957 comme système pour récupérer des capsules spatiales habitées.
Le concept a été abandonné en 1967 au profit des parachutes qui ont récupéré les missions Mercury, Gemini et Apollo.

Expérimentations avec une aile rogallo dans le cadre du projet Mercury. Les difficultés pour assurer la transition entre deux états stables (aile pliée et aile dépliée) ont eu raison du concept.

Vers 1970, les ailes commencent à être commercialisées dans un cadre sportif et elles prennent le nom de deltaplane (hang glider). Mais l’histoire des ailes volantes au départ d’une pente (slope glider) sort de l’ombre en Allemagne vers 1880 avec les vols d’Otto Lilienthal, car avant leur « mise sur le marché », les planeurs de pente ont été considérés plutôt comme un outil de développement, expérimental, inachevé, primitif.

Essai d’une aile rogallo en 1973. Le texte imprimé sur l’aile « Kitty Hawk Kites » en dit beaucoup sur l’esprit de ces pionniers: « Kitty Hawk » est le lieu-dit où en 1903 les frères Wright font décoller leur premier avion. « Kite » rappelle que l’aile rogallo est née comme cerf volant.

De l’utilisation expérimentale de 1880 à la commercialisation de 1970, le premier marché pour ce genre de planeurs a dû attendre 90 ans… Grâce à un changement de paradigme, l’objet expérimental est devenu un produit.

Notre passé technologique regorge de concepts inachevés, plus intéressants les uns que les autres, prêts à alimenter notre inépuisable besoin de challenges. Mais plonger dans le passé technologique à la recherche d’innovation n’est pas anodin. Le passé nous tend le piège de la tradition, de l’imitation stérile et maladroitement maquillée, de l’émulation consensuelle et de l’asservissement intellectuel aux « pères fondateurs ».

Notre slogan old is the new new souligne l’esprit de nos réflexions, inspirées du passé et tournées vers l’avenir, qui alimentent les projets, programmes et services de campus.aero.